Et si s'arrêter faisait partie du chemin ?

Une parole attribuée à Rumi dit :
« On lui aurait demandé :
“Tu lis, tu écris et tu réfléchis tant… Que sais-tu donc ?”
Il aurait répondu :
“Je connais mes limites.” »
…
Dans mon premier écrit, je parlais de laisser partir ce que je croyais savoir.
De me défaire de mes préjugés pour regarder chaque instant avec des yeux neufs.
Peu à peu, j'ai commencé à voir qui j'étais vraiment, au-delà de mes certitudes et de mes croyances.
…
Dans la vie, je le fais à travers les personnes que je rencontre et les événements que je vis.
Sur le tapis, à travers le yoga, je découvre que je peux faire la même chose avec mon propre corps. J'y découvre aussi où sont mes limites.
Qu'est-ce que mon corps essaie de me dire ?
Comment est-ce que je respire ?
Ma respiration ralentit-elle ou s'accélère-t-elle ?
Quelle est la partie de mon corps la plus souple ?
Et la plus tendue ?
Où est-ce que mon corps retient quelque chose ?
…
Avant de commencer le yoga, je pensais que le but était de réussir les postures les plus difficiles.
Au fil de ma pratique, j'ai compris que l'essentiel n'était pas d'aller toujours plus loin dans une posture, mais d'apprendre à observer mon corps et surtout ma respiration.
Ma respiration me dit beaucoup de choses, en réalité. Lorsqu'elle reste calme et fluide, je peux aller un peu plus loin dans une posture, avec l'envie d'explorer ce dont mon corps est capable.
Mais j'avance pas à pas.
Par exemple, dans une posture comme Utkatasana, la posture de la chaise, je peux descendre un peu plus bas ou rester un peu plus longtemps, tant que ma respiration reste calme.
Si je sens qu'elle devient trop rapide ou irrégulière, je m'arrête là.
Ce n'est pas un échec. C'est simplement là que je rencontre ma limite.
Apprendre à aller plus loin, tout en sachant où s'arrêter.
Avant, m'arrêter me donnait l'impression de perdre du temps, comme si quelque chose allait m'échapper.
Aujourd'hui, comme sur le tapis de yoga, lorsque je sens que j'atteins ma limite, je m'arrête.
J'observe.
Et loin de créer de la tension, cet arrêt m'apporte de la paix.
Rien ne m'échappe.
Je vois qui je suis, je vois mes limites, et je trouve cela précieux.
Quand je ne connais pas mes limites, je peux facilement tomber dans l'un des deux extrêmes.
D'un côté, je peux manquer de confiance en moi, ne pas oser révéler mes capacités, éviter de prendre mes responsabilités ou avoir du mal à m'affirmer.
De l'autre, je peux tomber dans l'illusion de croire que toute la force est en moi, avec un orgueil qui peut m'amener à me croire au-dessus des autres ou à les regarder de haut.
Dans les deux cas, je finis par perdre de vue qui je suis vraiment.
Pour moi, connaître mes limites, c'est apprendre à me connaître et à reconnaître ma valeur.
C'est comprendre que ce corps m'est confié, que je ne le garderai pas toujours, et que j'ai donc envie d'en prendre soin, de le respecter et de lui accorder sa juste valeur.
Dans ce cheminement, le yoga m'apporte beaucoup.
Sur le tapis, je ne cherche plus à réaliser la posture la plus difficile, ni à y rester le plus longtemps possible.
J'apprends plutôt à écouter mon corps, à observer ses tensions, ses résistances et les endroits où je rencontre mes limites.
Je peux alors choisir la posture qui me convient et avancer là où mon corps me demande d'aller.
Nous avons tous un point de départ différent, un chemin qui nous est propre… comme dans la vie.
Plus j'avance sur ce chemin, moins j'ai besoin de dire : « je sais ».


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